Hommage national : "les mots, je ne les trouvais pas", raconte Benoît Aymon
Il fut l'un des acteurs et principaux spectateurs de la cérémonie d'hommage national aux victimes du drame de Crans-Montana. Le journaliste valaisan Benoît Aymon a endossé le rôle de maître de cérémonie vendredi dernier à Martigny. Il raconte.

Son identité avait été gardée secrète jusqu'au dernier moment. Le journaliste valaisan Benoît Aymon a tenu le rôle de maître de cérémonie vendredi dernier à Martigny lors de la cérémonie d'hommage national aux victimes du drame de Crans-Montana. Quelques jours après ce moment de recueillement, il a accepté de revenir sur son rôle, la préparation de l'événement et les moments forts de la cérémonie.
Pour Benoît Aymon, tout a commencé par un coup de fil du président du Conseil d’État valaisan Mathias Reynard, quelques jours avant la cérémonie. "Pourquoi moi ? C'est une bonne question. Je ne sais pas", reconnaît Benoît Aymon. Le journaliste valaisan demande au conseiller d’État saviésan une nuit de réflexion. Il raccroche. "Ma femme m'a dit : "tu ne peux pas, pas le faire"", explique-t-il. Quelques minutes après, il rappelle Mathias Reynard et accède à sa requête. "J'ai eu un sentiment de devoir moral", raconte Benoît Aymon.
Le journaliste s'attaque à la préparation de l'événement, à ses interventions et au déroulement de la cérémonie avec seulement quelques jours devant lui. "On avait des séances tous les jours", détaille-t-il. "Comment trouver les mots ? Les mots, je ne les trouvais pas", avoue Benoît Aymon. "Et je me suis dit qu'il fallait évoquer la difficulté à parler de l'indescriptible", poursuit-il. "Dans une situation aussi dramatique, les mots ont un poids énorme", évoque-t-il.
Une cérémonie digne
Devant les proches de victimes, les autorités suisses et les chefs d’États étrangers invités, Benoît Aymon a ouvert la cérémonie et présenté les différents orateurs et artistes. "C'était une cérémonie extrêmement sobre. Elle ne faisait pas du tout provinciale comme aurait pu le dire la presse zurichoise. L'image du Valais en est sortie grandie", estime Benoît Aymon.
Le journaliste relève plusieurs moments forts durant la cérémonie. La minute de silence à 14 heures précises en fait partie. La gestion de l'horaire a été primordiale et quelque peu mise à rude épreuve par le retard du président de la République française Emmanuel Macron. "On voulait une vraie minute de silence et pas une dizaine de secondes comme on le fait souvent dans ce genre de minute de silence", raconte-t-il. À 13H59, la cérémonie s'interrompt pour une minute de recueillement. "J'ai vu de face toute une salle se lever et se tenir en silence pendant une minute. Ce n'est pas une image que je vais oublier de sitôt", reconnaît-il.
Autre moment fort : la prise de parole des jeunes rescapés. Le seul moment où l'assistance a applaudi. "C'était comme une espèce de fissure dans cette chape de plomb qui s'appuyait sur cette salle, une fissure qui laissait passer un peu de lumière", résume Benoît Aymon.
L'ex-présentateur de l'émission "Passe-moi les jumelles" souligne évidement le discours de Mathias Reynard. "Il a renversé la table si vous me passez l'expression", réagit Benoît Aymon. "Il a su remettre de la dignité dans le cafouillage d'autres milieux", estime-t-il. "C'était un homme politique qui parlait, mais surtout un homme", conclut-il.
